« 3 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 9-10], transcr. Yves Debroise , rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5929, page consultée le 26 janvier 2026.
3 novembre [1844], dimanche matin, 10 h.
Bonjour mon petit Toto chéri, bonjour mon doux bien-aimé, bonjour mon Victor adoré.
C’est aujourd’hui que tu vois la duchesse1. Je voudrais bien qu’elle pûta t’amener à résoudre cette difficulté pour laquelle jusqu’à présent
tu n’as voulu rien faire. Je voudrais aussi que tu puissesb venir m’embrasser avant d’y aller et
après en être revenu. Cela me ferait du bonheur pour toute la journée. Cependant je
n’ose pas l’espérer car je sais combien tu es affairé et combien on doit attendre
chez
toi ton retour de chez la duchesse avec impatience. Je vous dis tout cela d’avance
pour ne pas tant souffrir de la déception mais c’est un remède qui ne me réussit
jamais. Quoi quec je pense, dise ou
fasse, je t’attends toujours puisque je te désire et t’aime toujours. Quelle adorable
lettre tu as écrite hier pour cette pauvre Joséphine, mon bien-aimé. D’y penser mon cœur se fond, je voudrais
baiser tes pieds. Ta vie est un long bienfait : aux intelligents tu donnes ton génie
sublime, aux nécessiteux tu donnes ta bonté divine. Pour tous tu es la providence
visible ; aussi tu es adoré et béni de tout ce qui a un cœur en ce monde. Mon Victor
chéri, je t’aime, je voudrais mourir pour toi. Je baise tes ravissants petits
pieds.
Tâche de venir me voir en sortant des Tuileries, mon petit bien-aimé, j’ai
tant besoin de te voir, tant besoin de te baiser que j’en suis impatiente. Il continue
de faire un temps hideux. Heureusement que tu vas en voiture. Profites-en pour pousser
jusque chez moi, mon petit homme chéri, tu me donneras de la joie pour toute la
journée. Clairette le désire aussi. Tu as
beau la taquiner elle te désire et sa petite frimousse
rayonne dès que tu entres. Viens donc mon petit Toto. Tu es sûr de trouver de
l’amour, des baisers, des sourires, de la joie et du bonheur à ton arrivée.
Juliette
1 La duchesse d’Orléans, grande admiratrice et amie de Victor Hugo. Depuis le décès de son mari, elle continue de soutenir auprès du roi la candidature de Victor Hugo à la pairie.
a « put ».
b « puisse ».
c « quoique ».
« 3 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 11-12], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5929, page consultée le 26 janvier 2026.
3 novembre [1844], dimanche soir, 4 h. ¼
Tu ne sais donc pas combien je te désire, mon cher bien-aimé, que tu ne viens pas.
Cependant ta visite1 doit être faite depuis
longtemps ? Mon Toto, tu ne sauras jamais ce que ton absence me fait souffrir car
pour
cela il faudrait que tu saches combien je t’aime, ce qui n’est pas possible. J’ai
copié la lettre de M. Orfila pour que cette
pauvre Joséphine puisse la lire et la savourer du premier mot jusqu’au dernier. Quel
ange tu fais mon Victor adoré ! Laisse-moi te le dire au moins en écriture puisque
j’ai si peu l’occasion de le faire en paroles. Tout à l’heure j’aurai probablement
Mme Luthereau
et toutes mes petites péronnelles. Je leur ferai goûter la fameuse patate ce soir,
et
puis nous BOIRONS à votre santé. J’ai besoin de noyer mes chagrins et puisque je ne
peux pas avoir l’ivresse de l’amour je veux me donner celle du VIN. Je ne peux pas
me
passer de tout au monde, moi. Il me faut des COMPENSATIONS. Voime, voime et des fameuses, je m’en vante.
Taisez-vous vilain monstre, vous devriez mourir de honte et de remords. Taisez-vous.
J’ai un mal de tête hideux. J’ai une peur de chien qu’il ne dégénère en migraine ce
qui serait peu flatteur pour ces pauvres enfants. Enfin, à
la grâce de Dieu.
Voilà trois ou quatre fois que cette stupide Suzanne me fait de fausses joies en ouvrant la porte
d’entrée pour un rien. Je lui ficherais des coups. Je n’ai pas
besoin, moi, qu’on vienne me faire des bonheurs de
cette nature. Je suis furieuse, je suis enragée. Si vous ne venez pas bien vite je
suis capable de me porter à tous les excès.
Juliette
1 Victor Hugo s’est rendu aux Tuileries en début d’après-midi, chez la duchesse d’Orléans.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
